Les coursiers l’ont à peine senti que, précipitant leur course, ils abandonnent la Il est un lieu où le scorpion replie ses bras en deux arcs, et, développant la courbure de ses pieds et de sa queue, en couvre l’espace de deux signes. On voyait, debout à ses côtés, le jeune printemps, couronné de fleurs nouvelles, l’été nu, tenant des gerbes dans sa main, l’automne, encore tout souillé des raisins qu’il a foulés, et le glacial hiver, aux cheveux blanchis et hérissés. Son père, plongé dans la douleur, couvrit son front d’un voile de deuil ; s’il faut en croire la renommée, un jour s’écoula sans soleil et sans autre clarté que les lueurs de l’incendie ; et ce désastre eut alors son utilité. Le palais du soleil s’élève sur de hautes colonnes, tout resplendissant d’or et de pierreries qui jettent l’éclat de la flamme : l’ivoire poli en couronne le faîte, et l’argent rayonne sur les doubles battants de sa porte lumineuse ; mais la matière le cède encore au travail : le ciseau de Vulcain y grava l’Océan, dont les bras environnent la terre, et le globe même de la terre, et le ciel, voûte de l’univers. Loin de sa patrie, dans l’hémisphère opposé, le vaste Ãridan le reçoit dans ses ondes et lave son visage fumant.Les naïades de l’Hespérie recueillent dans un tombeau son corps où fume encore la triple foudre qui l’a frappé, et gravent ces vers sur la pierre : « Ici gît Phaéton, conducteur du char de son père ; s’il ne put le gouverner, il tomba du moins victime d’une noble audace ». Là , les flots azurés ont leurs dieux, Triton, la conque en main, l’inconstant Protée, Egéon qui presse entre ses bras le dos énorme des baleines, Doris et ses filles : celles-ci nagent dans les ondes ; d’autres, assises sur un rocher, font sécher leur humide chevelure, d’autres encore voguent portées sur des poissons. La terre est couverte de villes avec leurs habitants, de forêts et de bêtes féroces, de fleuves, de nymphes et de divinités champêtres.
Si l’infortune de ton frère et la mienne ne peuvent te toucher, sois du moins sensible au danger des cieux où tu règnes. Phaéton, dont le feu dévore la blonde chevelure, roule en se précipitant, et laisse dans les airs un long sillon de lumière, semblable à une étoile qui, dans un temps serein, tombe, ou du moins paraît tomber du haut des cieux. LA COURSE DE PHAÉTON .2 SUR 14 malin, il sortait de l'océan, à rest, et, après avoir parcouru le ciel, il descendait dans les pots, l'ouest, le soir. Le mythe ovidien agit donc comme miroir inversé, et, dans un traitement du mythe propre à la poétique ovidienne, souligne les problèmes sans fournir de réponse, laissant celle-ci à l’entière sagacité du lecteur.« Je peux tenter de te dissuader ; ce que tu veux n’est pas sans danger. J. Chamonard modifiée]« Quant aux chevaux, animés par le feu qui brûle dans leur poitrail et qu’ils soufflent par la bouche et les naseaux, les conduire ne saurait être pour toi entreprise facile ».« Mais Phaéthon prend possession du char bien léger sous son jeune corps ; il s’y dresse, se réjouit de toucher de ses mains les rênes légères, et ensuite remercie son père qui a agi bien malgré lui » [trad. Voilé d’un manteau de pourpre, Phébus était assis sur un trône étincelant du feu des émeraudes. Tel qu’un vaisseau, dont le lest est trop faible, vacille et devient, à cause de sa trop grande légèreté, le jouet mobile des flots, tel, privé de son poids accoutumé, le char bondit au haut des airs ; à ses profondes secousses on eût dit un char vide. C’est un châtiment, Phaéthon, que tu demandes comme une faveur. Dès que le fils de Clymène a gravi le sentier qui mène à ce palais, et qu’il a pénétré dans la demeure de celui qu’il n’ose plus appeler son père, il dirige ses pas vers lui ; mais, ne pouvant soutenir l’éclat qui l’environne, il s’arrête, et le contemple de loin. D’où vient que l’Océan, dont l’empire lui fut confié par le destin, voit ses ondes décroître et s’éloigner des cieux ? Où va-t-il ? Est-ce donc là le prix de ma fertilité, l’honneur que tu me réservais pour mes bienfaits, à moi qui endure les blessures du soc et du râteau, et qui souffre mille travaux durant toute l’année ; à moi qui dispense le feuillage aux troupeaux, aux mortels la douce nourriture de mes fruits, à vos autels l’encens ? Les cours sont en partie théorique et en partie pratique. En soulignant dès les premiers vers l’omniprésence du symbolisme augustéen, Ovide fait du mythe de Phaéthon le reflet du Principat, non pas tant pour ses réussites – comme on pourrait s’y attendre dans un mythe qui fait du monde divin une transposition du régime augustéen –, mais pour les échecs qu’il risque d’encourir.
Ce fut alors, dit-on, que le sang des Ãthiopiens, attiré à la surface du corps, leur donna cette couleur d’ébène qu’ils ont conservée. La terre porte des hommes et des villes, des forêts et des bêtes, des fleuves et des nymphes et toutes les autres divinités rustiques. Les coursiers s’épouvantent, ils bondissent en sens contraire, dérobent leur tête au joug, et laissent à l’abandon les rênes brisées. Ovide (43 av. Tantôt ils montent au plus haut des cieux, tantôt, roulant de précipice en précipice, ils tombent dans les régions plus voisines de la terre. Là , prosternée, à peine a-t-elle lu son nom gravé sur le marbre, qu’elle arrose le marbre de ses larmes, et le presse sur son sein nu, comme pour réchauffer les cendres qu’il renferme. La course de Phaéton 16 MÉTAMORPHOSES D'OVIDE • 29 SUR 166 3. La métamorphose ( Angl. Il ne respire plus qu’une vapeur brûlante semblable à l’air qui sort d’une fournaise profonde ; il sent déjà son char s’échauffer et blanchir au contact de la flamme. - Q1: Qui est l'écrivain ?
Les fleuves, dont la nature a séparé les rives par un large lit, ne sont pas à l’abri de la flamme ; on voit fumer au sein de leurs ondes le Tanaïs, et le vieux Pénée, et le Caïque, voisin du mont Teuthrante, et l’impétueux Ismène, et Ãrymanthe, qui baigne Phocis, et le Xanthe, destiné à un nouvel embrasement, et le blond Lycormas, et le Méandre qui se joue entre ses bords sinueux, et le Mélas qui arrose la Mygdonie, et l’Eurotas, si voisin du Ténare.
Si l’infortune de ton frère et la mienne ne peuvent te toucher, sois du moins sensible au danger des cieux où tu règnes. Phaéton, dont le feu dévore la blonde chevelure, roule en se précipitant, et laisse dans les airs un long sillon de lumière, semblable à une étoile qui, dans un temps serein, tombe, ou du moins paraît tomber du haut des cieux. LA COURSE DE PHAÉTON .2 SUR 14 malin, il sortait de l'océan, à rest, et, après avoir parcouru le ciel, il descendait dans les pots, l'ouest, le soir. Le mythe ovidien agit donc comme miroir inversé, et, dans un traitement du mythe propre à la poétique ovidienne, souligne les problèmes sans fournir de réponse, laissant celle-ci à l’entière sagacité du lecteur.« Je peux tenter de te dissuader ; ce que tu veux n’est pas sans danger. J. Chamonard modifiée]« Quant aux chevaux, animés par le feu qui brûle dans leur poitrail et qu’ils soufflent par la bouche et les naseaux, les conduire ne saurait être pour toi entreprise facile ».« Mais Phaéthon prend possession du char bien léger sous son jeune corps ; il s’y dresse, se réjouit de toucher de ses mains les rênes légères, et ensuite remercie son père qui a agi bien malgré lui » [trad. Voilé d’un manteau de pourpre, Phébus était assis sur un trône étincelant du feu des émeraudes. Tel qu’un vaisseau, dont le lest est trop faible, vacille et devient, à cause de sa trop grande légèreté, le jouet mobile des flots, tel, privé de son poids accoutumé, le char bondit au haut des airs ; à ses profondes secousses on eût dit un char vide. C’est un châtiment, Phaéthon, que tu demandes comme une faveur. Dès que le fils de Clymène a gravi le sentier qui mène à ce palais, et qu’il a pénétré dans la demeure de celui qu’il n’ose plus appeler son père, il dirige ses pas vers lui ; mais, ne pouvant soutenir l’éclat qui l’environne, il s’arrête, et le contemple de loin. D’où vient que l’Océan, dont l’empire lui fut confié par le destin, voit ses ondes décroître et s’éloigner des cieux ? Où va-t-il ? Est-ce donc là le prix de ma fertilité, l’honneur que tu me réservais pour mes bienfaits, à moi qui endure les blessures du soc et du râteau, et qui souffre mille travaux durant toute l’année ; à moi qui dispense le feuillage aux troupeaux, aux mortels la douce nourriture de mes fruits, à vos autels l’encens ? Les cours sont en partie théorique et en partie pratique. En soulignant dès les premiers vers l’omniprésence du symbolisme augustéen, Ovide fait du mythe de Phaéthon le reflet du Principat, non pas tant pour ses réussites – comme on pourrait s’y attendre dans un mythe qui fait du monde divin une transposition du régime augustéen –, mais pour les échecs qu’il risque d’encourir.
Ce fut alors, dit-on, que le sang des Ãthiopiens, attiré à la surface du corps, leur donna cette couleur d’ébène qu’ils ont conservée. La terre porte des hommes et des villes, des forêts et des bêtes, des fleuves et des nymphes et toutes les autres divinités rustiques. Les coursiers s’épouvantent, ils bondissent en sens contraire, dérobent leur tête au joug, et laissent à l’abandon les rênes brisées. Ovide (43 av. Tantôt ils montent au plus haut des cieux, tantôt, roulant de précipice en précipice, ils tombent dans les régions plus voisines de la terre. Là , prosternée, à peine a-t-elle lu son nom gravé sur le marbre, qu’elle arrose le marbre de ses larmes, et le presse sur son sein nu, comme pour réchauffer les cendres qu’il renferme. La course de Phaéton 16 MÉTAMORPHOSES D'OVIDE • 29 SUR 166 3. La métamorphose ( Angl. Il ne respire plus qu’une vapeur brûlante semblable à l’air qui sort d’une fournaise profonde ; il sent déjà son char s’échauffer et blanchir au contact de la flamme. - Q1: Qui est l'écrivain ?
Les fleuves, dont la nature a séparé les rives par un large lit, ne sont pas à l’abri de la flamme ; on voit fumer au sein de leurs ondes le Tanaïs, et le vieux Pénée, et le Caïque, voisin du mont Teuthrante, et l’impétueux Ismène, et Ãrymanthe, qui baigne Phocis, et le Xanthe, destiné à un nouvel embrasement, et le blond Lycormas, et le Méandre qui se joue entre ses bords sinueux, et le Mélas qui arrose la Mygdonie, et l’Eurotas, si voisin du Ténare.